Notre connectivité nous rend-elle virtuellement malheureux
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Notre connectivité nous rend-elle virtuellement malheureux

On a longtemps rêvé du moment où l’être humain aurait accès à l’ensemble des connaissances du monde au bout des doigts. Ce jour est arrivé pour plus de 70 % des Français propriétaires d’un smartphone. S’ajoutent maintenant nos vêtements à senseurs, notre montre intelligente et notre maison connectée qui s’assurent de nous garder branchés en tout temps. Les données contribuent à améliorer les produits et notre expérience d’achat en la personnalisant et en limitant les publicités non pertinentes. Pourtant, on dirait que toute cette technologie ne nous rende ni plus heureux, ni plus intelligents. C’est en tout cas une partie des conclusions du dernier rapport Prosumer de Havas.

Theodore Roosevelt disait que la comparaison nous éloigne du bonheur… et c’était avant que nos mobiles ne deviennent autant de fenêtres sur le monde filtré et photoshoppé des médias sociaux. La chasse aux like nous donne rapidement l’impression que tout le monde est en voyage en Asie, au spectacle d’Arcade Fire ou dans un restaurant trop cher… pendant que nous, on plie une brassée de blanc. Pas surprenant que le quart des 18-34 ans soient insatisfaits, voire même déprimés par leur vie. Pire, un millénarial sur cinq préfère sa personnalité virtuelle à son identité réelle. En ligne, plusieurs profitent du relatif anonymat pour se créer un personnage à la hauteur de leurs rêves. D’après le sondage, nous serions d’ailleurs de plus en plus nombreux à préférer être Giovanni plutôt que Jean-Claude.

Les deux tiers des Français craignent que la technologie nuise à nos relations humaines. Pas seulement parce qu’on se parle moins, scotchés à nos téléphones, même au restaurant. Pas seulement parce que texter au volant augmente nos chances de mettre fin subitement à toutes nos relations. Mais parce que les médias sociaux nous divisent. Le contrôle des armes à feu, l’indépendance catalane ou le débat sur le « Bonjour-Hi »; les gens sondés estiment qu’ils sont maintenant toujours exposés à des points de vue similaires aux leurs. Et plusieurs croient que l’utilisation des réseaux sociaux limite notre pensée critique. Le compte Twitter du président Trump semble en faire la démonstration sur une base quasi quotidienne.

 

Par ailleurs, avec l’avènement de l’intelligence artificielle, c’est plus de la moitié des gens qui craignent que l’être humain devienne encore plus paresseux et moins indépendant. Aussi, 44 % pensent que nous deviendrons moins créatifs. La hantise moderne : que l’intelligence ne devienne qu’artificielle.

C’est vrai qu’aujourd’hui, je ne connais plus que cinq ou six numéros de téléphone par cœur, et ça inclut le 15 et le Clan Panneton. J’ignore les techniques les plus élémentaires de survie et mourrai dévoré si jamais j’échoue sur une île déserte. Il faut cependant mentionner que les compétences les plus prisées ont beaucoup changé. Les laitiers, les arquebusiers et les rameurs de galère n’ont plus trop la cote. Je ne sais pas coudre et j’ignore tout des techniques agricoles, mais quand on voit un boomer tenter de configurer son nouvel ordinateur, ça s’annule. Différentes époques, différentes compétences.

Si la technologie bouleverse notre vie, tout n’est pas sombre. Demain semble avoir un avenir. Par exemple, 7 jeunes adultes sur 10 déclarent avoir utilisé les médias sociaux pour appuyer une cause. De la signature d’une pétition pour faire entrer le mot « matrimoine » dans le Petit Larousse en passant par la participation à un soulèvement démocratique, les médias sociaux sont de plus en plus reconnus comme l’outil indispensable du parfait petit activiste. On peut se servir de la propension des gens à construire leur image personnelle pour faire le bien.

Avec tout le temps qu’on passe sur les médias sociaux et entourés de technologie humanoïde, l’idée d’une relation affective, voire romantique, avec un robot gagne peu à peu du terrain. Siri a de l’humour et une voix douce… L’idée de tomber amoureux d’Alexa semble de moins en moins farfelue. En tout cas, 12 % des hommes canadiens se disent prêts à essayer une relation avec un robot.